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samedi, mars 14, 2026

Cote de crédit de Montréal : Entre maintien et défis budgétaires

ActualitésCote de crédit de Montréal : Entre maintien et défis budgétaires

Les agences de notation confirment la stabilité financière de la métropole québécoise malgré des défis budgétaires persistants.

Un maintien attendu mais révélateur

La Ville de Montréal a récemment annoncé le maintien de ses excellentes cotes de crédit auprès des trois principales agences internationales. S&P Global Ratings conserve sa notation AA/stable, Moody’s maintient Aa2/stable, et DBRS Morningstar confirme A (élevée)/stable. Cette nouvelle, présentée en pleine campagne électorale municipale, mérite cependant d’être analysée au-delà des déclarations officielles.

Les dessous d’une annonce politique

Selon les analystes des agences de notation, ces évaluations annuelles s’inscrivent dans un calendrier réglementaire normal, et non dans une reconnaissance spécifique de l’administration sortante. Louis Favreau, analyste principal chez S&P, précise que l’amélioration de 2022 résultait d’une révision générale du cadre d’évaluation des municipalités canadiennes, et non de performances particulières de Montréal.

Des forces structurelles indéniables

La solidité de la cote montréalaise repose principalement sur des éléments hors du contrôle municipal. Le cadre institutionnel québécois impose l’équilibre budgétaire, éliminant le risque de déficit. Les revenus fonciers, base principale du financement municipal, résistent mieux aux fluctuations économiques que les autres sources fiscales. Le soutien provincial, illustré par une aide de 263 millions durant la pandémie, renforce également cette stabilité.

Une gestion contestée par les experts

Les agences soulèvent des préoccupations significatives concernant la gestion financière récente. L’administration Plante a franchi en 2019 la limite auto-imposée de 100% du ratio dette nette/revenus, établie en 2004 comme référence de saine gestion. Ce plafond a été temporairement relevé à 120%, avec promesse de retour à 100% en 2027.

Michael Yake de Moody’s note que cette flexibilité politique affaiblit la crédibilité des politiques internes : « Si une politique interne est trop flexible, alors ce n’est pas vraiment une politique au départ. »

Des défis budgétaires à l’horizon

Malgré un déficit projeté de 228 millions en 2025, les agences demeurent confiantes grâce aux réserves accumulées. Cependant, plusieurs facteurs de risque se profilent :

Plan d’investissement ambitieux

Le plan décennal de 24,8 milliards (2,48 milliards annuels) dépasse les engagements initiaux de limitation à 2 milliards par année.

Pressions salariales

La plupart des conventions collectives municipales sont échues ou à échéance, présageant des négociations coûteuses.

Concurrence interprovinciale

Toronto (AA+), Calgary (AA élevé) et plusieurs municipalités ontariennes (AAA) surclassent désormais Montréal dans les évaluations.

Perspectives et enjeux électoraux

Les analystes maintiennent une perspective stable, confiants dans le cadre réglementaire québécois plutôt que dans les promesses électorales. Travis Star de DBRS Morningstar souligne : « Nous prenons toujours les campagnes avec un grain de sel, car ce qui compte c’est ce qui est adopté par la suite. »

La prochaine administration devra naviguer entre maintien des investissements nécessaires et respect des engagements de désendettement. L’écart croissant avec d’autres métropoles canadiennes questionne la capacité de Montréal à préserver sa compétitivité financière à long terme.

Une situation paradoxale

Si Montréal conserve effectivement une cote « excellente » en valeur absolue, sa position relative s’affaiblit face à ses pairs canadiens. Les récents défis de recouvrement fiscal, illustrés par les 1245 immeubles encore menacés de vente pour taxes impayées totalisant 19,5 millions, révèlent des tensions sous-jacentes dans la gestion municipale.

La stabilité actuelle masque donc des vulnérabilités structurelles que la prochaine administration devra adresser pour maintenir la confiance des marchés financiers et la capacité d’investissement de la métropole.

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